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30.07.2019

Les PME boostent l’emploi, mais pas (encore) les salaires…

Si les PME restent l’un des moteurs en matière d’emploi en Belgique, le niveau des salaires ne suit généralement pas. Ils seraient 20 % plus faibles que ceux des grandes entreprises…

Le nombre de PME n’a cessé de croître en Belgique au cours de la dernière décennie. En effet, comme le montre le rapport publié par Graydon, en collaboration avec l’UCM et l’UNIZO, celles-ci ont augmenté de 23,2 % entre 2008 et 2017, soit plus d’un million de PME actives fin 2017. Nul doute que, constituant 99 % du tissu économique national, elles jouent un rôle crucial pour notre économie, notamment en termes de création d’emplois…

L’évolution de l’emploi ? Au beau fixe

La tendance est à la hausse depuis plusieurs années. Cela s’est confirmé au premier trimestre 2019 avec une augmentation de 0,9 % des emplois créés au sein des entreprises de moins de 100 travailleurs. Dans ce panorama positif, ce sont les plus petites PME (moins de 20 travailleurs) qui tirent encore mieux leur épingle du jeu. Un constat en parfaite syntonie avec le dernier rapport de l’OCDE sur le sujet à l’échelle européenne (« Perspectives de l’OCDE sur les PME et l’entrepreneuriat »). Ainsi les taux de création de postes seraient supérieurs à ceux des plus grandes entreprises. Une situation favorable qui ne doit pas occulter les freins au développement des PME, entre autres pour se financer, conquérir de nouveaux marchés ou encore nouer des partenariats. Sans oublier les difficultés rencontrées pour recruter et former du personnel compétent. Ces obstacles ont évidemment un impact sur leur productivité, mais aussi sur leur compétitivité salariale…

Des salaires « en berne »

20 % : c’est le différentiel, mis en lumière par le rapport de l’OCDE, entre les rémunérations offertes par les PME et celles des grandes entreprises, à l’échelle européenne. La Belgique n’échappe pas à cette tendance. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation : les difficultés liées à leur taille, notamment pour accéder aux ressources stratégiques (compétences, financements, etc.). De plus, bon nombre des PME sont encore « jeunes » : 24,3 % ont moins de cinq ans et 44,1 % d’entre elles moins de dix ans. Plus dépendantes de l’écosystème économique et de « l’action publique », elles doivent également jongler entre leur stabilité financière (qui s’améliore) et une rentabilité encore souvent stagnante. Un contexte qui ne favorise pas la hausse des salaires…

Des solutions existent !

Malgré ce contexte, nombre de PME prennent le taureau par les cornes afin d’améliorer le quotidien de leurs travailleurs, attirer et conserver leurs meilleurs éléments. Un impératif en période de « guerre des talents ». Même si l’augmentation du salaire n’est pas toujours une option envisageable, des alternatives existent pour tenter d’intégrer des profils compétents, notamment à travers un contexte de travail dynamique et motivant pour le collaborateur, mais aussi grâce aux avantages extralégaux ou des modèles de rémunération flexible : plans bonus liés aux résultats, pension complémentaire ou encore assurance hospitalisation. Sans oublier le succès grandissant de la « prime bénéficiaire ». Ce n’est donc pas un hasard si un quart des PME belges prévoient d’introduire ces mécanismes au cours de l’année 2019. Des systèmes qui présentent l’avantage d’être aisés à mettre en place et d’offrir une fiscalité avantageuse à la fois aux travailleurs et aux employeurs. Mais cela ne suffit pas toujours…

L’action des pouvoirs publics…

Comme le souligne le rapport de l’OCDE, dans un contexte d’extrême concurrence et de mutation technologique, les autorités publiques doivent également s’activer pour continuer à appuyer la croissance des PME. Comment ? En agissant sur les facteurs qui favorisent la croissance et en levant un certain nombre de freins en matière de recrutement, de financement et d’innovation. L’enjeu est également de permettre d’accélérer la diffusion des innovations et de veiller à ce que les PME puissent suivre le rythme de la transformation numérique. De plus, les États ont tout intérêt à créer un climat plus favorable à l’embauche et à la formation continue du personnel. Cela passe notamment par la levée des contraintes administratives ou encore l’allégement des charges fiscales. Un coup de pouce indispensable pour les PME, susceptible de leur permettre d’atteindre une meilleure rentabilité et de booster les salaires…

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02.04.2019

Les « rémunérations collectives » remportent un certain succès

Prime sur les bénéfices et bonus salarial collectif deviennent de plus en plus populaires aux yeux des employeurs. Deux instruments de rémunération variable des travailleurs qui séduisent notamment pour leur simplicité administrative et leur plus faible taxation…

Ce sont les chiffres avancés par SD Worx, prestataire de services RH, qui confirment la tendance : la prime bénéficiaire et le bonus salarial collectif gagnent en popularité au sein des entreprises, en particulier les PME. Et pour cause, ces deux dispositifs de rémunération variable, exclus de la norme salariale, profitent d’une fiscalité avantageuse et sont plutôt simples à mettre en place… Un atout non négligeable pour les plus petites structures. Outre ces atouts, ces formules représentent d’excellents incitants professionnels pour les travailleurs, puisqu’elles offrent aux employeurs un moyen de les récompenser lorsque l’entreprise atteint ses objectifs.

La prime bénéficiaire, déjà populaire…

Entrée en vigueur le 1er janvier 2018, c’est le dispositif le plus récent proposé aux employeurs. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la sauce semble prendre, en majorité chez les PME de moins de dix travailleurs (55 %), voire en dessous de cinq personnes (41 %). En effet, 235 patrons (selon les données de SD Worx) « partagent » déjà leurs bénéfices avec leurs collaborateurs. Un peu plus de 12.000 travailleurs seraient concernés par cette prime collective, et ce après seulement un an d’existence. Si ces résultats restent encore mesurés, la tendance est tout de même intéressante, puisqu’ils ont doublé depuis juillet 2018… Toujours selon les chiffres de SD Worx, le travailleur bénéficiaire reçoit en moyenne un montant brut de 920,54 euros, ce qui revient à 744,21 euros nets. 

Facile à mettre en œuvre

Concrètement, notons que l’employeur peut opter pour deux types de primes :

  • « identique » pour l’ensemble de son personnel : soit un montant fixe déterminé, soit un pourcentage du salaire brut ;
  • ·ou « catégorisée », en fonction de six critères objectifs : ancienneté, grade, fonction, niveau barémique, niveau de rémunération et niveau de formation.

Si la prime sur les bénéfices rencontre un certain succès auprès des PME, c’est entre autres parce qu’elle est aisée à mettre en place, notamment lorsque le patron opte pour la prime « identique ». Dans ce cas, une simple décision de l’assemblée générale suffit. Celle-ci doit mentionner le montant ou le pourcentage identique du salaire (et la méthode de calcul), une éventuelle condition d’ancienneté pour l’octroi ainsi que des règles au prorata en cas de suspension ou de résiliation volontaire du contrat de travail. L’employeur doit également en informer par écrit ses collaborateurs. Du côté de la prime « catégorisée », une convention collective de travail est nécessaire…

Opération win-win

Autre bénéfice de cet instrument de rémunération variable ? Son avantage social et fiscal. Et pour cause, la prime n’est pas soumise au paiement de cotisations sociales. Par contre, s’agissant d’une dépense non déductible au titre de frais de personnel, l’impôt des sociétés (29,58 %) est d’application. Du côté des collaborateurs, une cotisation de solidarité ONSS de 13,07 % et 7 % de précompte mobilier reste également de mise...

Le bonus salarial collectif progresse toujours…

De son côté, et après plus de dix ans d’existence, le bonus salarial collectif (CCT 90) séduit toujours plus d’employeurs, en particulier les PME comptant de 20 à 49 travailleurs. Chez SD Worx, 2.502 entreprises y ont recours pour près de 180.000 employés. C’est respectivement plus 7 % de patrons et 15 % de collaborateurs qu’en 2017… Notons également que le travailleur bénéficiaire perçoit en moyenne un montant brut de 1.039,79 euros, soit 903,89 euros nets. Dans la pratique, le plan de bonus salarial, lié à des objectifs collectifs, est entièrement modulable, mais il doit être établi sur une période de référence minimale de trois mois.

Que choisir ?

Si le bonus salarial collectif est plus intéressant pour le travailleur, puisque seule la cotisation de solidarité ONSS de 13,07 % est applicable, il l’est un peu moins pour l’employeur. En effet, déductible à l’impôt des sociétés, ce dispositif est soumis à une cotisation de 33 %. Dans tous les cas, les deux formules — prime bénéficiaire et bonus salarial — présentent des atouts indéniables, notamment vis-à-vis d’un autre instrument : le bonus salarial individuel, sur lequel une imposition de 35 % vient grever le net perçu par le travailleur.

Optimiser sa « rémunération variable »

Nul doute que la marge de progression de ces instruments est encore importante, surtout pour le « plus jeune » des deux, la prime sur les bénéfices. Des atouts pour les employeurs, qui doivent faire l’objet d’une optimisation minutieuse, afin d’articuler au mieux tous les avantages liés aux objectifs (bonus salarial collectif CCT 90, prime sur bénéfices, warrants, etc.) avec les primes et les bonus plus traditionnels.

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01.02.2016

Factoring : un vrai succès

Le factoring, en français affacturage, est en plein essor : l'année dernière, le marché a clôturé sur un total de 61,2 milliards d'euros : pas moins de 10,5 %, c’est une croissance impressionnante. La part de marché qu'occupe BNP Paribas Fortis a légèrement augmenté, passant de 38,4 à 38,6 %.

Ignace De Keyser, Sales & Marketing Director chez BNP Paribas Fortis Factor, nous explique le succès grandissant du factoring.

Comment le marché du factoring évolue-t-il en Belgique ? Une certaine tendance se dégage-t-elle ?

« Les chiffres de la croissance l'attestent : le factoring gagne en importance. Avant, c’était plutôt une bouée de sauvetage. Aujourd'hui, il est devenu une solution des plus courantes et concurrence des produits de type bancaire. La crise de liquidité et les mesures qui s'ensuivent n'y sont évidemment pas étrangères.

Bien entendu, le factoring n'est pas tout à fait comparable à une solution bancaire. Ce qu’il apporte à l'entreprise dépasse la souplesse d’un simple financement. La gestion des débiteurs et la couverture du risque complètent l'offre du Factor, même si, ces dernières années, les services sont passés à l'arrière-plan. Le factoring doit en grande partie sa popularité au volet financement.

L'incertitude économique qui persiste, la recherche de nouveaux débouchés et l’illusion du "too big to fail" mise au grand jour, obligent les entreprises à protéger leurs marges, devenues déjà bien trop maigres. De plus en plus de chefs d'entreprise adoptent ce volet dans le contrat qu’ils concluent avec une société de factoring.

La sous-traitance de la gestion des débiteurs a, elle aussi, le vent en poupe de nouveau. Des entreprises plus importantes s'étaient déjà professionnalisées sur ce plan mais aujourd'hui elles sous-traitent au maximum ce qui n'est pas l'essence même de leur activité.

BNP Paribas Fortis Factor a toujours eu une affection particulière pour ce service aux entreprises. La banque leur prête l'expertise d'une équipe spécialisée, la garantie d’un suivi continu dans leur pays et à l'étranger. »

À quoi ce revirement est-il dû ?

"Il y a deux raisons essentielles :

Tout d'abord, notre service et notre manière de travailler ont fondamentalement changé au cours de ces dernières années, suite au développement des nouvelles technologies. Il y a quelques années encore, tous les échanges s'effectuaient par courrier ou par fax ; les factures devaient être traitées et introduites manuellement dans le système. Le reporting était manuel également, etc. Le processus était laborieux, le risque d'erreurs élevé.

À l'heure actuelle, la plupart de nos clients transfèrent leurs données de manière entièrement électronique, directement à partir de leur logiciel de comptabilité. Grâce à ces progrès, l'intégralité du processus — de la facturation par le client à la réception du financement — dure au maximum 2 jours, en fonction de la qualité du fichier qui nous est transmis. Le risque d'erreurs a lui aussi considérablement diminué. Ce gain en rapidité et en simplicité a une influence positive sur le prix facturé au client.

Ensuite, le scope du factoring (à qui et quand le proposer) a également fortement évolué. Auparavant, les banques proposaient le factoring aux clients qui présentaient un risque trop important pour encore bénéficier d'un financement dit traditionnel. Il s'agissait en quelque sorte du crédit à court terme de la dernière chance qui, avouons-le, protégeait davantage la banque, en cas de faillite du client. Certaines entreprises se voyaient donc presque forcées de recourir au factoring, une idée qui bien entendu ne les réjouissait guère. Ajoutez-y la lourdeur administrative et vous comprendrez à quoi le factoring doit sa mauvaise réputation. "Qu'est-ce que mes clients vont penser ?" : tel était l'argument le plus souvent objecté.

Retournement de situation il y a quelques années, sous l'impulsion de Bâle II. Cette réglementation imposait déjà aux banques un certain pourcentage de fonds propres afin qu’elles puissent couvrir leurs activités à risque. Pour le factoring, les exigences étaient nettement moins élevées que pour les crédits classiques. Les banques ont donc commencé à privilégier le factoring, même aux clients témoignant d’une bonne solvabilité. Clients qui, à leur tour, en ont saisi tout le potentiel.

Par conséquent, de plus en plus d'entreprises ont fait appel au factoring et sur de plus longues périodes. De deux à trois ans il y a 20 ans, la période d’utilisation en est au double aujourd'hui."

Bâle III va-t-il encore renforcer cette tendance ?

"C'est une évidence. Bâle III a encore renforcé les exigences de capital imposées aux banques, ce qui accroît l'attrait du factoring. En outre, la nouvelle directive met l'accent sur les liquidités. La relation opérationnelle entre la banque et ses clients joue ici un rôle essentiel : si une entreprise confie ses flux de trésorerie à une banque, cette dernière peut considérer le risque de pertes de liquidités comme "limité" et donc garder une réserve de liquidités moins importante. D'où tout l'intérêt du factoring, encore une fois."

Qu'est-ce qui rend le factoring si attrayant pour les entreprises ?

"Une entreprise saine financièrement peut avoir avantage à nous confier l'administration de ses débiteurs. Pendant que nous nous occupons du recouvrement des factures, le client peut se consacrer pleinement à ses activités. Dans la majeure partie des cas, nous parvenons même à recouvrer les factures plus rapidement que lui (diminution du temps de recouvrement de 25 %). Notre expérience (nous connaissons les subterfuges les plus utilisés) et notre notoriété nous aident à convaincre les débiteurs de mieux respecter leurs délais de paiement. Personne n’a envie de passer pour un mauvais payeur auprès d’un partenaire financier.

Mieux encore, le factoring est une forme de financement plus flexible que les crédits bancaires classiques. Pourquoi ? Parce que le financement suit l'évolution du chiffre d'affaires : s'il augmente et que l'entreprise émet davantage de factures, le financement augmentera également. Le factoring est donc très intéressant pour les entreprises en expansion.

L'aspect hors bilan du factoring est également décisif. Les ratios du bilan s’améliorent. L’effet sur le coût et la disponibilité des autres crédits de l'entreprise est positif."

Est-ce donc typiquement un produit de crise ?

"Non, absolument pas. Le factoring trouve tout son sens lorsque l'économie est volatile, c'est-à-dire tant en période de crise qu'en période de croissance. Dans ces circonstances, il est crucial que les entreprises puissent rapidement convertir leurs créances en liquidités. Quand l'économie est stable, cet impact est moins marqué.

C'est la raison pour laquelle le factoring a connu une croissance aussi vigoureuse durant la période 2009-2010, lorsque la crise économique et financière nous a frappés de plein fouet. Puisque les débiteurs se sont mis à payer de plus en plus tardivement, les entreprises se sont retrouvées face à des problèmes de liquidités. Un recouvrement plus rapide grâce au factoring permet déjà de résoudre ces problèmes en partie. Surtout si ce recouvrement est couplé à une couverture contre le risque de non-paiement et à une protection en cas de faillite des débiteurs.

Mais même lorsque la conjoncture est positive, le factoring a ses avantages. Si le carnet de commandes des entreprises gonfle et que leur chiffre d'affaires augmente, elles seront à nouveau confrontées à des problèmes de liquidités puisque leur besoin en fonds de roulement se développera lui aussi. Le factoring est une formule très flexible qui permet de financer ce besoin sur base de l'évolution des créances.

Ce n'est donc pas du tout un produit de crise, chaque entreprise peut en tirer profit. La meilleure façon de s'en convaincre est de l'essayer !"

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01.08.2016

Les défis du transport belge

Le transport et la logistique sous la loupe. Quels sont les résultats des années précédentes, les évolutions attendues ? Quel avenir pour le transport belge ?

La dimension internationale du secteur est un facteur important de notre analyse. Le transport belge s'inscrit dans un système européen et mondial plus large. C'est un bien et un mal à la fois. Les décisions européennes qui ont été prises autrefois déterminent aujourd'hui dans une large mesure la « santé » du transport belge. La libre circulation des biens et des personnes, un des fers de lance de l'UE depuis le début des années 1990, n'a pas créé que des opportunités, elle représente aussi l'une des menaces les plus importantes pour les transporteurs d'Europe de l'Ouest. Et ce n'est là qu’un des nombreux défis adressés au secteur.

« Je pense à l'apparition d'Internet et de la téléphonie mobile qui ont digitalisé l'économie. Ce qui a eu des répercussions sur le mode de fonctionnement du transport et de la logistique, mais aussi sur la demande de transport, suite à l'apparition de l'e-commerce. D'un autre côté, nous voyons se développer une sorte de "village mondial". Les distances n'existent pour ainsi dire plus et la croissance exponentielle du transport par conteneurs en est la conséquence directe », affirme Jean-Marie Becker.

En tant que CEO de MMM Business Media, il suit le secteur depuis plus de trente ans tant en Belgique qu’à l'étranger. Il est aussi considéré par le monde du transport belge comme un des experts en la matière.

Evolution du secteur et réorganisation

Il va sans dire que les évolutions citées ci-dessus ont eu des conséquences. Les importateurs et les entrepôts nationaux ont été remplacés par des centres de distribution européens (CDE) et régionaux (CDR) qui desservent plusieurs pays à la fois.

« En outre, des entreprises actives dans le monde entier ont décidé de regrouper leurs unités de production en Europe tout en se tournant vers d'autres horizons qui leur offraient davantage de rentabilité. Je pense aux pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, dits BRICS) et aux pays de l’Est (PECO). Cela a évidemment eu des répercussions sur l’organisation de la logistique », ajoute Jean-Marie Becker.

Situation géographique de notre pays oblige, la Belgique continue malgré tout à jouer un rôle crucial dans cette nouvelle réalité économique. En outre, nos ports maintiennent leur rôle prépondérant, car pour des raisons de rendement, les sociétés de transport maritime ne laissent leurs navires faire escale que dans un nombre limité de ports : Anvers, Zeebruges, ainsi que Rotterdam, ont de bons résultats. Le secteur en bénéficie dans notre pays.

« Exemple :  Anvers est le plus grand port... français, si l'on se place sous l'angle du trafic à destination de la France », souligne Jean-Marie Becker.

Un pays comme la Belgique doit continuer à exploiter son excellente position géographique. C’est une arme contre les menaces qui pèsent sur le monde du transport.

La capacité d'adaptation du secteur du transport sera déterminante

Dans la réalité d’un secteur en mutation, les transporteurs doivent tenter de garder la tête hors de l'eau. Comment ? En se spécialisant dans un domaine de compétence ou en évoluant avec l'économie, c’est-à-dire en passant du statut de transporteur à celui d'acteur logistique, entreprise 3PL, voire même 4PL.

3PL et 4PL sont des « termes à la mode » en logistique qui ont fait leur chemin depuis quelques années. 3PL est l'abréviation de « Third Party Logistics », tandis que 4PL signifie en toute logique « Fourth Party Logistics ». Avant d'approfondir cette différence, revenons aux fondamentaux : la spécialisation en 1PL, le transport à l'état pur. Plus cette spécialisation est ancienne, plus elle est délicate. Ceci s’explique notamment par la concurrence toujours plus rude d'entreprises de l'ancien bloc de l'Est (ou de filiales d'entreprises belges établies dans cette région).

Se concentrer sur les niches peut être une solution, mais de nombreux transporteurs ont choisi d'étendre leurs activités et de proposer à leurs clients l'entreposage (2PL), en plus du transport.

« C'est une façon d'apporter une plus-value à son rôle de transporteur et de se distinguer des autres acteurs traditionnels. Mais si l'on recherche vraiment à prouver sa valeur ajoutée, mieux vaut devenir une entreprise 3PL qui, outre le transport et l'entreposage, offrent également la logistique. Ceci permet d’exercer une plus grande emprise sur la chaîne d'approvisionnement des clients et de renforcer sa position à la table des négociations », explique Jean-Marie Becker.

Pourtant, ces entreprises 3PL sont encore principalement des exécutants, car c’est le chargeur pour lequel elles travaillent qui continue de tirer les ficelles au niveau stratégique. En effet, une 3PL se concentre sur des activités de niveau opérationnel et tactique, c’est ainsi qu’elle parvient à maximiser la rentabilité de ses actifs propres (poids lourds et magasins).

Un pont trop loin ?

L'étape suivante de cette évolution est, en toute logique, l’acteur 4PL. Celui-ci agit vraiment sur toute la chaîne. Cela signifie aussi qu'il intervient souvent sans équipement propre, tout en cherchant la meilleure solution pour la chaîne d'approvisionnement de son client. Par conséquent, un acteur 4PL fera appel à des partenaires pour mener à bien les solutions qu’il propose et, souvent, il se tournera également vers des entreprises 3PL qui assurent le transport, l'entreposage, la logistique à haute valeur ajoutée, la planification et même la gestion du stock. La majorité des entreprises belges estiment que cette évolution significative va un pont trop loin. Elles se concentrent de ce fait sur leur spécialisation 3PL.

« Il me semble dès lors que l'avenir appartienne plutôt à des entreprises familiales de type 3PL comme Dachser, Kuehne + Nagel et Galliker », déclare Jean-Marie Becker, leur attribuant plus de chances d’évolution que les grands groupes appartenant à des fonds de capitaux.

Lesquels, en effet, achètent et vendent des entreprises lorsqu'ils y trouvent un intérêt financier, ce qui en fait des partenaires bien moins stables pour les chargeurs et les entreprises productrices.

Les niches comme angle d’attaque

Les entreprises de transport ont peut-être grossi ces dernières années, mais il n’en reste pas moins indispensable de trouver des niches à exploiter. Et ce, quelle que soit la taille de l'entreprise.

« Il existe suffisamment d'exemples d'entreprises à s’être orientées avec succès sur un marché spécifique. La petite entreprise Esser & Lennertz, de Bilstain, près de Liège, en est un bel exemple. Elle se concentre sur le commerce de gros en sable et en gravier, ce qui lui a valu de développer une entreprise internationale de transport de matériaux de construction. Mais les niches peuvent aussi réussir aux entreprises de taille moyenne, comme Havart, initialement spécialiste en grues et qui est devenu prestataire en services logistiques pour les marchandises lourdes », déclare Jean-Marie Becker.

Pas seulement pour les petites entreprises

Aujourd'hui, même les grandes entreprises sont conscientes de l'importance des marchés de niche. Ainsi, Katoen Natie a développé pas moins de 17 secteurs d'activités différents, dans lesquels l'entreprise se profile comme spécialiste sur certaines niches.

« Pensez à l'art, à l'automobile, à la pétrochimie, aux activités portuaires, à l'ingénierie des procédés, etc. Ce ne sont d'ailleurs pas les seuls à avoir cette approche, car Jost Group se différencie par ses services Europe & Maghreb, Integrated & Customized Logistics et Air & Sea Freight », poursuit Jean-Marie Becker.

Un autre grand nom du transport belge à avoir très bien compris que diversité et spécialité de niche peuvent aller de pair, c'est TDL Group. Il propose à la fois des services Fresh Logistics, Building Logistics, Dedicated Logistics, Pharma Logistics et Coldwayexpress. Ce qui en fait un spécialiste et un généraliste en même temps.

L'e-commerce bouleverse-t-il le secteur ?

L'apparition d'Internet a énormément modifié le paysage du commerce. Le commerce de détail s’est tout à coup vu confronté au commerce mondial. Les consommateurs achètent encore dans une boutique locale, mais aussi loin de chez eux, à l'étranger. Cette tendance donne un coup d’accélérateur au monde du transport et de la logistique à travers le monde.

Une évolution si profonde que celle de l'e-commerce attire sur le marché, c’est bien logique, des spécialistes, rebondissant sur cette opportunité pour offrir une solution logistique à ce phénomène.

« Il s'agit aussi bien d'acteurs logistiques qui deviennent spécialistes en e-commerce pour livrer les commandes dans notre pays, comme le prouve PFS Web, que d'entreprises qui effectuent le mouvement inverse », explique Jean-Marie Becker qui en réfère à Sedis, une entreprise de Wallonie occidentale.

Cette entreprise joue habilement sur les goûts et le pouvoir d’achat de la classe moyenne chinoise, avide de produits made in Belgium que Sedis se charge d’expédier jusqu’au  domicile des clients chinois. Autre exemple,  Euroterminal, qui a vu son chiffre d'affaires doubler en un an grâce à l'e-commerce.

« En fait, devenir 3PL dans des secteurs spécifiques de l'e-commerce est encore à la portée de tous, le secteur est récent et offre d'énormes possibilités de croissance », conclut Jean-Marie Becker.

Osez croire en la collaboration

La collaboration entre transporteurs a longtemps été taboue dans le secteur. Les transporteurs voient trop souvent leurs collègues comme une menace, plutôt que comme une opportunité. Pourtant, la collaboration sous diverses formes offre un vrai potentiel, surtout maintenant que la taxe kilométrique Viapass est annoncée...

Jean-Marie Becker en est convaincu, l'introduction de la taxe kilométrique belge ne fera que renforcer l’intérêt d’une collaboration entre transporteurs belges. « Il est toutefois surprenant qu’ils ne se soient pas déjà rapprochés et rencontrés plus souvent », poursuit-il.

Impossible de tout faire soi-même

Des possibilités de collaboration, Becker en entrevoit dans plusieurs domaines : entre collègues actifs dans le même secteur, mais aussi entre entreprises de la même région. D'ailleurs, les réseaux européens ont déjà montré la voie. Pensons notamment à Astre, Big Move, Pallet et bien d'autres encore. Ces réseaux sont nés en vertu du principe qu'il est impossible pour un transporteur de tout maîtriser à la perfection. Vous ne pouvez être présent partout de la même façon, surtout si vous êtes actif à l'échelle européenne.

« Vos collègues peuvent combler cette lacune et augmenter le niveau de service de votre propre entreprise, tout en améliorant la qualité de leurs propres prestations. La collaboration vous aide à servir vos clients à tout moment et en tout lieu », affirme Jean-Marie Becker.

Parfois, la recherche de collaboration peut être simplement motivée par le souci d’améliorer la qualité. RoadSpirit en est une belle illustration. Il s'agit d'un groupe belge composé d'entreprises familiales du secteur du transport et de la logistique qui cherchent, en se regroupant, à réaliser des économies d'échelle sur un maximum de plans.

La taxe kilométrique touchera le transport et la logistique

La taxe kilométrique Viapass aura un impact sur le transport belge. Mais cette nouvelle taxe aura-t-elle l'effet escompté par le gouvernement, c’est la question à se poser. Pour le transporteur, la taxe kilométrique représente une augmentation des coûts, qui sera ou non progressivement répercutée sur les clients

Conséquence, le secteur changera rapidement de visage.

« À vrai dire, en ce moment, tout le monde effectue ses calculs. Quel sera le coût de la taxe kilométrique pour un transporteur ? Quelle est la partie de ces coûts liée aux kilomètres parcourus à vide ? Quelle part pourra-t-il réellement répercuter ? Les discussions vont bon train actuellement sur la façon de négocier ces coûts supplémentaires avec les donneurs d'ordre. », avertit Jean-Marie Becker.

Consolidation

Quoi qu'il en soit, le secteur cherche la meilleure parade et investigue des solutions à même de réduire au minimum les kilomètres parcourus à vide. Comme collaborer avec d'autres transporteurs, ou même, procéder à des reprises stratégiques.

Engager un transporteur pour compte propre

Un autre phénomène qui pourrait découler de l'apparition de la taxe kilométrique, c'est le fait que de nombreuses entreprises qui transportent elles-mêmes leurs marchandises n’y voient plus d’intérêt. Evidemment, c’est une opportunité pour le transporteur professionnel : c’est du trafic supplémentaire. Trafic qui peut l'aider à amortir ses propres kilomètres parcourus à vide.

« Cette idée ne vient d'ailleurs pas de moi. La Suisse est le premier pays à introduire une taxe kilométrique ; à l’époque le paysage se modifie, on assiste à un déplacement clair d’un transport pour compte propre vers un transport pour compte d'autrui », souligne Jean-Marie Becker.

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01.08.2016

Transport : quel avenir pour les entreprises familiales ?

De nombreuses menaces planent sur le transport routier et la logistique en Belgique. Le secteur a-t-il encore un avenir ? Pour les entreprises familiales belges, c'est une certitude !

Les entreprises familiales sont plus puissantes qu'elles ne le pensent elles-mêmes, généralement. Comme leurs dirigeants sont personnellement impliqués, au sens propre, dans le capital de l'entreprise, les stratégies sont axées sur le long terme. Pas de place pour une stratégie spéculative de l'un ou l'autre fonds qui pourrait mener à une instabilité, pas plus que pour des décisions de managers potentiellement motivées par l'effet probable sur leur prime annuelle. Ces entreprises réfléchissent à long terme et se préoccupent de leur durabilité.

Grande ou petite ?

La taille de l'entreprise n'a pas d'importance. En fait, aucune taille critique n'est réellement établie. Concrètement, ce sont les activités et la rentabilité qui déterminent quand la taille est critique. Toutefois, il y a certaines évolutions auxquelles nous n’échapperons pas.  Les chargeurs cherchent à réduire le nombre de partenaires avec lesquels ils collaborent.

« Chercher le positif dans cette évolution, c’est la bonne question à se poser avant de se lancer comme transporteur. Un parc automobile de 100 poids lourds n'est pas forcément plus avantageux qu'un parc qui en compte 30 de moins. Le transporteur doit bien y réfléchir. Cela dépend d’abord de ce qu'il souhaite réaliser avec son entreprise, de ses aspirations », estime Jean-Marie Becker, CEO de MMM Business Media.

A-t-on organisé une transmission au sein de l'entreprise ? L’entrepreneur est-il prêt à prendre le risque d'évoluer ? A-t-il toujours l’énergie de s'y consacrer jour et nuit ? Ce sont des facteurs déterminants qui doivent être pris en compte.

Entreprise familiale flexible

La flexibilité est l'un des atouts majeurs d'une entreprise familiale, elle permet d'allier les points forts d'une petite entreprise à ceux d'une plus grande. Les entreprises familiales saines ont toutes les qualités requises pour anticiper et répondre aux appels d'offres. Qualités qui s'avèrent cruciales dans le transport et la logistique d'aujourd'hui.

La fonction de gestion est toutefois un point d’attention pour toute entreprise familiale. Certaines osent parfois se confronter à leurs propres limites. Lorsqu'une entreprise dépasse pour ainsi dire le cadre familial, elle a tout intérêt à engager un manager externe pour exercer pleinement cette fonction de gestion.

« Van Moer Logistics en est l’illustration parfaite. Il y a quelques années, le fondateur, Jo Van Moer, s'est rendu compte que son entreprise était devenue trop grande pour continuer à se gérer elle-même. Il a donc décidé avec Eric Noterman d’embaucher le CEO d'une grande entreprise, capable de la mener sur la bonne voie. Un bon obstacle de supprimé, qui aurait fort  bien pu entraver le développement de l’organisation», ajoute Jean-Marie Becker.

Les entreprises familiales bien organisées parviennent non seulement à affronter une concurrence forte, voire à devenir un puissant acteur 3PL, elles semblent aussi plus optimistes et prêtes à affronter les évolutions à venir : taxe kilométrique, dépavillonnements, formations code 095, nouvelles règles en matière de charges et de dimensions, et nouvelles technologies annoncées, comme la connexion poussée des poids lourds et les camions sans chauffeur.

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