Article

12.06.2018

Reboisement et biodiversité, en pratique

Il y a des enjeux plus existentiels que la lutte pour l’EBITDA. Sans arbres, pas de biodiversité. Sont touchés la faune, la flore, les sols, l’eau, l’air. Une cause sur laquelle WeForest mobilise les entreprises

La reforestation n’est pas du luxe, ni un désir d’hippie. Elle est indispensable au climat, à la biodiversité, à la qualité des sols et de l’eau, ainsi qu’à l’alimentation, et donc à l’avenir de toutes les espèces.

Les solutions, encore trop peu connues, n’attendent qu’à sortir de l’ombre. Elles ne sont pas techniques, ne relèvent pas d’une logique extractive et ne font pas appel aux ressources naturelles limitées. Elles sont redoutablement efficaces, s’inspirent du fonctionnement des écosystèmes naturels et intègrent les arbres aux champs. Voir aussi l’article ‘Tout le potentiel de la reforestation’

En termes d’initiatives privées, nous en avons épinglé deux. Ecosia, moteur de recherche lancé par une start-up de Berlin qui réunit 7 milliards d’utilisateurs et plante un arbre toutes les 45 requêtes effectuées, soit un actif à ce jour de quelque 27 millions d’arbres plantés. Et l’association sans but lucratif WeForest qui, forte de son expertise en reboisement, de sa base scientifique et de son réseau d’entreprises, s’engage dans la reforestation durable. Nous avons été à la rencontre de  Marie-Noelle Keijzer, fondatrice de WeForest, afin de recueillir son témoignage

De la compensation carbone à l’empreinte eau des entreprises

A ses débuts, l’asbl ne croit pas trop à la compensation carbone, trop réducteur selon elle mais c’est une manière d’appréhender son audience : des entreprises, soucieuses de mesurer, réduire puis compenser les émissions carbone qu’elles ne parviennent pas à infléchir. Aujourd’hui, nous sommes passés à l’objectif ‘net positive’ visant à compenser en plus les émissions du passé.

Actuellement, c’est une évidence que l’environnemental ne se limite pas au carbone. Et beaucoup regardent désormais leur empreinte eau. Une nouvelle vision s’installe, celle de l’aide au développement par l’encouragement à la reforestation. « Sortir les pays de la pauvreté, ne pas se contenter de planter des arbres et puis de partir, c’est ainsi que les entreprises se veulent désormais socialement responsables », entame Marie Noëlle Keijzer, CEO de WeForest.

Agir sur la végétation, le carbone, l’eau, l’air et l’emploi…

Grâce aux 270 clients corporates qui l’ont rejointe depuis 2011, WeForest comptabilise à fin 2017 près de 17 millions d’arbres plantés, 13 000 hectares restaurés, et vise à doubler ces chiffres d’ici 2020. Elle propose du marketing d’impact à ses entreprises clientes, style ‘un arbre planté à chaque vente’.

En 2014, Brabantia décide de ‘passer à autre chose’. Vendre des produits oui, mais réfléchir aussi aux problématiques planétaires. Avec la collaboration de WeForest L’entreprise se lance dans un projet de co-financement du reboisement. « Depuis que Brabantia communique sur son site, sur YouTube et sur ses emballages qu’un arbre est planté à chaque séchoir ou étendoir de linge vendu, ses ventes progressent de 25% chaque année », précise  la responsable de WeForest qui s’appuie sur des case studies bien étayés avec des mesures certifiées: «  Nous ne restons pas dans le théorique. Chaque client a droit à sa carte GPS des hectares qu’il a financés, en toute transparence. Ensuite, nous veillons à protéger la forêt et validons les projets de nos clients et en développant l’activité socioéconomique de toute la région en initiant des sources de revenus alternatives, créatrices d’emploi..»

Un arbre a plus de valeur debout que couché

Lorsque WeForest aide la Zambie, ce n’est pas dans l’idée que la région reste dépendante de l’aide internationale mais pour éduquer quelque centaines de fermiers qui avaient coupé tous leurs arbres à des buts de commerce de bois de chauffe. L’asbl les réunit et leur démontre que pour vendre des plaquettes de bois, il n’est pas nécessaire de déboiser et que grâce à la récolte sélective de la biomasse, l’on peut chauffer sans pour autant couper l’arbre. Elle forme des femmes au métier de pépiniériste et leur donne un emploi, un revenu, une identité. WeForest apporte aussi des ruches aux fermiers, pour qui le miel est une nouvelle source de revenus. Les abeilles ont d’autres effets positifs : pollinisation des fleurs, plantes, récolte des fruits… ‘ « C’est bien simple, en tuant les abeilles et les oiseaux par des pesticides et insecticides, nous empêchons le travail de la nature », défend Marie-Noëlle Keijzer.

Les arbres, un habitat pour animaux et un engrais naturel pour plantes

Dans les régions du Brésil boisées à 3%, le léopard a complètement disparu. Partout où le sol est plat, l’agriculture a pris le dessus sur la forêt. Pour WeForest, le pays est bien trop grand pour s’occuper de l’entièreté du territoire. Mais des couloirs verts ont été créés, et la vie a repris. Arbres et plantes ont été replantés, attirant oiseaux et animaux qui peuvent y circuler, se nourrir et s’y reproduire.
L’arbre est aussi un engrais naturel : à proximité des arbres, le maïs pousse plus vite. Il fournit de l’ombre et il retient l’eau dans la terre…

Il y a arbre et arbre.

Tous les projets de reforestation  ne sont pas égaux. Certains arbres boostent l’alimentation ou augmentent le niveau d’azote dans le sol comme le ferait la luzerne. D’autres nuisent à la diversité :  aucun animal ne vit dans une plantation de palmiers dont le sol est aussi rempli de produits chimiques « Nous ne résoudrons rien si nous ne changeons pas la cause de la déforestation : l’agriculture intensive pour la production de viande par exemple  », conclut, convaincue, Marie Noëlle Keijzer. Des solutions existent, à chacun de prendre sa part de responsabilité.

Sources: BNP Paribas Fortis, WeForest
Article

07.12.2017

Ils ont pris l'Innovation Plane jusqu'à Berlin

Forts du succès de l’Innovation Train parisien en juin dernier, Co.Station, BECI et Brussels Creative ont organisé – avec le soutien de BNP Paribas Fortis - un vol de 100 places pour Berlin le 23 novembre dernier. Dans l'avion, pas moins de 54 clients, collaborateurs et experts invités par la banque se préparaient à plonger au cœur de l'économie circulaire berlinoise durant deux jours.

L'économie circulaire, 'Scaling-up' et 'Intelligence artificielle et support pour réinventer la ville' étaient les trois trajets prévus lors de ce séjour à Berlin. Au programme: visites d'entreprises, workshops et networking. La banque a résolument opté pour le premier trajet; c'est celui qu'elle a proposé à tous ses invités.

"L'économie circulaire est en effet l'un grands thèmes* de développement stratégique de Corporate Banking", explique Aymeric Olibet, responsable du groupe de travail mis sur pied sur le sujet depuis juillet dernier.

"Nous sommes convaincus que, compte tenu des immenses enjeux environnementaux, en particulier le réchauffement climatique et la raréfaction des ressources, la plupart des entreprises devront tôt ou tard changer de business model. Nous voulons les sensibiliser à cette nécessité, et ce voyage à Berlin est l'une de nos premières initiatives à cet égard. Les entreprises, mais aussi leurs chargés de relation, doivent savoir que la banque veut et peut les accompagner dans cette transition."

La surprise des clients

 Frédéric Tourné, Head of Environmental Management chez Befimmo, était du voyage. "J'ai été tout autant surpris qu'enchanté par cette invitation. A priori, ce n'est pas là qu'on attend son banquier. J'ai pu découvrir des projets inspirants, comme 'Block-6', qui récupère et traite les eaux usées d'un ensemble de logements pour les réinjecter dans ces habitations mais aussi dans la culture de légumes (hydroponie) et l'élevage de poissons (aquaponie). La rencontre avec un des fondateurs d'Ecosia, le moteur de recherche qui plante des arbres, a également été très intéressante."

"Mais ce qui m'a surtout frappé, c'est l'attention et la disponibilité que nous ont témoignées les gens de la banque; ils voulaient vraiment comprendre nos attentes et nos besoins, savoir où nous en sommes dans notre réflexion pour un monde plus durable. Réaliser que sa banque partage cette préoccupation donne envie de développer de nouveaux projets. La durabilité est certes une valeur importante chez Befimmo, mais nous pouvons encore aller plus loin, j'en suis plus que jamais convaincu. C'est aussi très précieux de rencontrer d'autres entreprises, de sortir du quotidien où nous avons tous le nez dans le guidon. Bref, je suis revenu avec plein de cartes de visites et une très très grande envie de faire bouger les choses dans mon entreprise. "

S'inspirer de la nature

L'économie circulaire s’inspire des principes du vivant, lesquels reposent sur les cycles (et le recyclage), l'interdépendance, la coopération, l'optimisation (plutôt que la maximisation).

Aymeric Olibet: "Cette économie vise à limiter les externalités négatives, comme la consommation de matières premières et d’énergie, au profit d’externalités positives, telles que la régénérescence de la biosphère ou la création d’emplois locaux. Notre ambition est de soutenir les projets visant à passer de processus de production industriels linéaires à des processus circulaires. Soutenir, c'est non seulement offrir des solutions financières adaptées, mais aussi et surtout aider le client à se remettre en question et à franchir le pas. Ce voyage à Berlin n'est, je l'espère, que le premier événement d'une longue série."

Plus d'infos sur ce voyage ici.

*Les autres thèmes de développement stratégique de Corporate Banking sont: la décarbornisation, la capital humain et les smart cities.
Article

26.01.2018

Baromètre Green IT : les bonnes pratiques en 2017

Le baromètre 2017 des pratiques numériques écoresponsables est arrivé et sa lecture nous livre quelques clés essentielles pour une informatique plus green dans votre entreprise. Voici ce qu’il faut en retenir.

Le baromètre est publié par l'AGIT (Alliance Green IT), une association regroupant les acteurs du numériques engagés dans la filière Green IT.  Ses objectifs : la réduction de l'empreinte écologique des technologies de l'information et de la communication, le développement des compétences Green IT dans les organisations ainsi qu'au niveau des cursus de formation et la lutte contre l'éco-blanchiment

Pour cette édition 2017, le périmètre d’étude s’est avéré plus large, de l’écoconception logicielle à la gestion des DEEE en passant par l’économie d’énergie dans les centres de données et l’impression.

Beaucoup reste à faire

C’est le principal enseignement que livre la lecture de cette étude.

Pour parler chiffres : 550 entreprises ou organisations représentatives par leur secteur d'activité ou chiffre d'affaires ont répondu à cette enquête. On y apprend par exemple que 40 % d'entre elles ont recours aux déchetteries, lesquelles restent en principe réservées aux particuliers. Plus de la moitié d'entre elles ignorent également si elles utilisent du matériel éco-labellisé.

Dans une période où la responsabilité sociétale de l'entreprise devient un marqueur prégnant de l'activité économique, le critère de durabilité n'est pas vraiment encore pris en compte en matière d'achats IT par exemple. Le métier d'acheteur devrait évoluer vers celui de porteur d'un projet d'entreprise, inhérent à celle-ci.

IT : changer de paradigme

Citons parmi les best practices préconisées, le réemploi d'ordinateurs reconditionnés, plutôt que le recyclage des matériaux de base.  L’air de rien, cette pratique permettrait la création de centaines d'emplois immédiats et, surtout, non délocalisables. Autres conséquences directes : moins d'émission de gaz à effet de serre (810.000 tonnes) et économie en consommation d'eau (6 milliards de litres), équivalant à l'empreinte écologique annuelle de 100.000 personnes, rien que pour la France (principal périmètre d’étude de l’association).

En lien avec la fin de vie du matériel informatique, plus de 8 entreprises sur 10 ignorent encore le sort réservé aux déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE). Leur valorisation - rendue obligatoire par une directive européenne depuis 2005 - est pourtant devenu un marché très lucratif, les DEEE étant désormais considérés comme des gisements de matières premières secondaires.

Article

05.02.2018

Recycler les eaux usées ne coule pas encore de source !

C’est vrai, le jeu de mots est facile, mais il illustre bien l’ampleur du problème. Car la planète bleue ne l’est pas tant que ça. Recycler les eaux usées, c’est adopter une attitude vertueuse face à une ressource plus rare qu’on l’imagine. Visite au Block 6, à Berlin-Kreuzberg pour en savoir plus.

L’enjeu

Le saviez-vous ? L’eau douce représente moins de 4% des ressources hydriques de notre planète et la majeure partie en est inexploitable, enfouie profondément sous terre ou figée sous forme de glace. Contrairement aux apparences, l’eau douce n’est pas une ressource illimitée qu’il suffit de diriger vers les robinets pour la voir couler. Qu’elle soit à usage industriel ou familial, l’eau demande à être captée, épurée, distribuée et dépolluée après usage. Elle génère un coût économique non négligeable et son prix ne cessera d’augmenter à l’avenir.

Fort de ce constat, un projet pilote est mené à Berlin, dans le quartier du Kreuzberg, au cœur d’un ensemble immobilier appelé le ‘Block 6’, mais aussi sur quelques sites annexes. C’est là que, depuis déjà 30 ans, une unité de recyclage des eaux usées a vu le jour et s’est perfectionnée au fil du temps. Une installation qui fonctionne bien et qui délivre une eau pure, moins coûteuse que l’eau de distribution. De quoi donner à réfléchir. Et c’est d’ailleurs bien le but.

Un modèle à suivre

Le Block 6, c’est environ 180 appartements répartis dans en ensemble immobilier autour d’une zone verte mêlant lieux de récréation et d’épuration. Construit en 1987, le Block 6 intègre dès l’origine des préoccupations environnementales et sociales affirmées. Parmi celles-ci figure l’épuration des eaux usées, les eaux dites ‘grises’ (c’est-à-dire, faiblement polluées à la sortie des douches, baignoires, lavabos et lave-linges). A cet effet, l’immeuble est équipé dès la construction d’un double circuit de tuyauterie permettant la collecte des eaux en fonction de leur origine et leur réutilisation différenciée. 

C’est en forgeant qu’on devient forgeron. Il en va de l’eau comme du métal et l’installation subit au fil du temps des améliorations significatives. Aujourd’hui, la technologie est mature et les résultats obtenus sont plus que convaincants. En deux mots, l’eau grise est dirigée vers une série de cuves où elle subit un processus d’épuration biologique progressif par l’ajout de bactéries sélectionnées. Au terme du parcours, l’eau a retrouvé une qualité proche de celle de l’eau de distribution et peut être réutilisée sans le moindre risque. La législation actuelle ne permettant pas de la considérer comme potable, l’eau traitée alimente uniquement les toilettes et les jardins. Mais il s’agit là d’une limitation légale sans rapport avec sa qualité intrinsèque et il est question d’adapter la loi pour permettre l’exploitation rationnelle de cette nouvelle ressource.

Eaux usées ou matière première ?

Au fil du temps, l’expérience a été étendue aux eaux dites ‘noires’, c’est-à-dire les plus sales, issues des cuisines et des toilettes. Ces eaux, chargées en nutriments et autres composés chimiques sont captées via un circuit de tuyauterie différencié et exigent un traitement spécifique. L’épuration locale des eaux noires permet de capter ‘à la source’ les composés polluants, bien plus efficacement que lorsqu’ils sont dilués dans les grands volumes d’eau envoyés vers les stations d’épuration plus éloignées. On arrive ainsi à éviter que des composés inadéquats soient rejetés dans les océans, où il n’est plus possible de les éliminer. En outre, les nutriments présents dans les eaux usées (azote, potassium, etc.), peuvent être récupérés et reconvertis en fertilisants qui ne se distinguent en rien des produits du commerce. Quand on sait que pour produire industriellement un kilo de fertilisant, on consomme plus d’un litre de pétrole, on mesure aisément l’intérêt d’envisager les eaux usées sous l’angle d’une nouvelle source de matière première. Il s’agit là toutefois de recherches expérimentales qui n’ont pas encore franchi le cap de l’exploitation commerciale, mais ça marche !

Ressource énergétique

Recycler l’eau captée à proximité présente encore d’autres avantages, dont la résilience n’est pas le moindre. Le processus est très contrôlé et le risque d’interruption du service limité. En cas de difficulté, il suffit de basculer vers le réseau de distribution public le temps de régler le problème. Le prix de l’eau recyclée étant inférieur à celui de l’eau de distribution, cette dernière devient un complément à la production locale qui permet de réduire les coûts pour l’utilisateur final.

L’eau intègre également une dimension énergétique non négligeable. Le cycle de l’eau dans un environnement urbain nécessite une énorme quantité d’électricité. À titre d’exemple, alimenter en eau la ville de Berlin et ses 3,5 millions d’habitants équivaut à la consommation d’électricité totale d’une ville de 280.000 habitants. Recycler l’eau sur place permet d’économiser l’énergie. Les eaux grises, générées pour l’essentiel dans les salles de bain, sont chaudes et il est parfaitement possible d’en convertir la chaleur résiduelle en électricité, utilisée à son tour pour préchauffer l’eau envoyée vers ces mêmes salles de bain. La proximité est la clé du succès dans la mesure où la chaleur se perd avec la distance. Et, plus l’énergie récupérée sur place est importante, plus la consommation d’énergie additionnelle est limitée. Le gain est double.

Technique d’avenir

Les résultats sont là pour le prouver, le modèle fonctionne. Depuis 2013, le site le sert d’ailleurs à démontrer l’efficacité des techniques de recyclage locales. Des recherches y sont poursuivies afin d’améliorer encore les procédés et de les étendre dans de nouvelles directions, telles que la culture (hydroponie) ou l’élevage de poissons (aquaponie). Sans oublier l’objectif principal de l’installation consistant à promouvoir une utilisation plus rationnelle des ressources hydriques dans une logique d’économie circulaire. Consommer de l’eau recyclée n’est sans doute pas encore au goût du jour, mais l’idée fera son chemin, car viendra rapidement le jour où il ne sera tout simplement plus possible de faire autrement. Et n’est-ce déjà pas le cas dans les stations spatiales ? 

Pour en savoir plus : www.roofwaterfarm.com/en/block-6

Article

15.03.2018

Le défi durable raconté par un expert en transition écologique

Dans la nature, rien n’est séparé. Aucune activité n’est neutre sur le plan environnemental. Marc Lemaire (EcoRes, Groupe One) nous parle régulation, économie circulaire, entreprises ‘épicéa’ et lois naturelles

Homme, terre et économie ont leurs sorts intimement liés. Rien de ce que nous faisons n’est neutre pour notre planète… « Néanmoins, nous avons construit sur le paradigme de la séparation, lequel a engendré la situation écologique actuelle : une planète abusée, une biodiversité menacée, des émissions carbone excessives, une agriculture conventionnelle nocive », déplore Marc Lemaire, ingénieur commercial agroéconomiste et entrepreneur sociétal, qui se réfère aux limites planétaires  à l’intérieur desquelles l’homme peut fonctionner et vivre correctement : « Nous sommes arrivés à un moment historique : trois d’entre elles sont dépassées.
Et nous allons droit dans le mur. Nous n’avons jamais perdu autant d’espèces ni émis autant de CO2 ! Toutefois, il n’est pas trop tard pour réagir pourvu que l’on ait la bonne attitude. Marc Lemaire : « Ou nous restons indécis. Ou nous prenons notre responsabilité, intergénérationnelle, pour contrôler l’état dans lequel nous laisserons la terre à nos enfants, en tenant compte de l’effet temporel : les feux de forêt au Portugal, les catastrophes climatiques actuelles sont l’effet de notre taux de CO2 en 1968 ! »

Selon cette logique de la séparation, c’est comme si nous avions en toute impunité décidé que nos activités pouvaient être nocives sur l’’autre’ : l’environnement, les ressources, les règnes végétal et animal, la terre qui nous porte. 

Changement collectif et rapide attendu

Pour William De Vijlder, chef économiste du Groupe BNP Paribas, il est clair que le politique peut contribuer à remettre de l’unité, du lien sur le marché en encourageant les acteurs économiques par des incitants fiscaux tels que subvention, fiscalité, marché de droits d’émission… poussant à augmenter les externalités positives ainsi que des normes et des sanctions pour réduire les externalités négatives.
Marc Lemaire, pionnier de la transition écologique aimerait que les choses bougent plus vite qu’elles ne le font : «  L’accord de Paris exige de chaque acteur de réels efforts mais la plus grande partie d’entre eux ne seront pas contrôlables. » Seuls ceux des gros industriels le sont, au travers des accords de branche, lesquels leur imposent de compenser leur émission excessive de carbone par l‘achat de certificats verts destinés à financer des projets de développement d’énergie renouvelable dans l’hémisphère sud. »

La prise de conscience  est en cours

Il y a 20 ans, la majorité d’entre nous était-elle déjà réellement consciente de la portée de nos actes sur le sort de la terre que nous lèguerons à nos enfants ? Nombreux étaient encore sceptiques quant aux causes et à l’étendue des dégâts. Aujourd’hui, nous sommes devenus plus clairvoyants. C’est une étape importante de franchie. Le lien à la santé est aussi de plus en plus prégnant. Exemple : les ‘perturbateurs endocriniens ‘ (certains se retrouvent dans les biberons, dans les matières plastiques et à l’intérieur des boîtes de conserve) sont qualifiés de risques pour la santé par l’OMS. Par ailleurs, nous voyons le nombre de patients souffrant d’asthme et de cas de puberté précoce augmenter… A ce sujet, des études sont publiées depuis 15 à 20 ans. Aujourd’hui donc, nous comprenons mieux les enjeux.

Qu’attend-on des entreprises ?

Ces mêmes citoyens conscients sont aussi des employés de plus en plus sensibles à la démarche de leur entreprise dans la lutte contre les enjeux climatiques, démarche qui doit rester long terme et responsable pour que tout le monde y gagne, des salariés aux actionnaires en passant par les clients. Désormais, il est attendu de l’organisation qu’elle fasse ses comptes - comme son bilan financier - en termes d’émission de C02, de particules fines, mais aussi d’impact social  Sa contribution positive à la société devient une donnée aussi conséquente que ses chiffres et ses revenus.

Des valeurs telles que celles promues par des pionniers comme Exki sont devenues des modèles d’inspiration. Mais, selon Marc Lemaire, une loi ferait sans doute primer davantage l’intérêt collectif. « Partons d’une logique sectorielle : Coca ne va pas se mesurer à un acteur IT sur cette question et une banque ne se compare pas à Unilever. Et identifions par secteur les premiers de classe pour investiguer sur quels critères ils se battent. Bionade est une limonade de fabrication 100% biologique, avec des matières premières 100% biologiques et qui ne contient aucun gramme d’alcool… Leurs critères sont-ils généralisables au secteur ? Si oui, ne serait-il pas opportun  d’imposer leurs bonnes pratiques en tant que standard pour toutes les marques de sodas ? », propose Marc Lemaire.

Et le déchet se transforme en nouveau produit

Le sujet ne doit pas être un domaine fourre-tout où l’on jetterait pêle-mêle du CSR, un peu de développement vert et de la responsabilité sociétale. Les dirigeants d’un nombre croissant d’entreprises comprennent l’intérêt d‘emprunter la voie du durable mais les efforts entrepris ne sont pas suffisants et restent dispersés. Aujourd’hui, nous devons passer à l’étape suivante et structurer sa démarche selon son cœur d’activité. Le concept d’économie circulaire tend à s’imposer, ce n’est pas du buzz. Marc Lemaire insiste : « Nous avons bien intégré la nécessite de recycler. C’est bien mais on reste dans le linéaire, le type d’économie qui extraie des minéraux de la terre pour tous ses besoins et qui les jette ensuite. Nous faisons pareil avec les ‘consommables’. »

Observons donc la nature et inspirons-nous de ses ‘lois’ dictées par le bon sens. Dans la nature, rien ne se perd. Tout se recrée pour se transformer. Un organisme vivant qui meurt va être récupéré en tant que nutriment pour donner la vie à un autre. Les cycles de la vie et de la mort sont intimement liés. Seul l’homme a créé la notion de déchet.

A l’inverse du linéaire, l’économie circulaire crée des boucles et s’arrange pour utiliser un déchet industriel dans le cadre d’un autre cycle économique : exemple, l’huile de friture n’est plus jetée mais sert pour 90% à la fabrication du biodiesel.

La gestion distincte des cycles biologique et technique est un autre principe de base du circulaire. D’une chaise en bois seront extraits les composants ‘inertes’ tels les vis et boulons que l’on séparera par la suite des parties vivantes. Le bois peut repartir dans le circuit biologique et revivre un cycle. Le but ? Qu’il ait le plus de vies possibles. C’est aussi envisageable avec les boulons et on va veiller à rallonger leur durée de vie en les récupérant et en multipliant leurs utilités, pour devoir en produire moins, in fine.

Comment gérer les vies et la durée d’utilité ? En devenant propriétaire du matériau et en organisant sa traçabilité, comme Unicore qui achète du cobalt dans des mines au Katanga et en reste responsable.
L’économie de la fonctionnalité participe aussi de ce souci de partage intelligent des ressources. « Je ne vais plus acheter une voiture qui me transporte occasionnellement, ma famille et moi, mais je vais en louer le service. Les services de location s’étendent à de plus en plus de domaines, mais peu d’étude n’est encore sortie à leur sujet », ajoute encore Marc Lemaire.

Le rôle d’une banque ? Faire le tri dans la forêt

La banque a un impact sur tout et ses effets sont d’abord indirects puisqu’elle soutient l’ensemble des activités de ses clients. Cela lui confère une autre responsabilité.

Comment Marc Lemaire envisage-t-il le rôle d’une banque demain ? « Un opérateur financier a les capacités de faire bouger les choses de façon énorme. Tel un arbre, une banque doit être rentable et n’a pas envie de mourir. Mais si elle se saisit de la responsabilité d’un garde forestier, elle peut favoriser la biodiversité en privilégiant la naissance de nouvelles espèces. J’ai dans ma forêt, des arbres occupés à appauvrir le sol, lequel se dégrade significativement ? » Marc Lemaire : « Imaginons, qu’en bon gestionnaire, elle décide de faire le tri : moins financer les entreprises type épicéa’ qui appauvrissent le sol et faciliter l’accès à l’argent pour des jeunes pousses qui ont envie de grandir. Ce sont les pépites durables de demain. Cela ne se fera pas du jour au lendemain mais, à terme, cela devrait optimiser la structure de son portefeuille ». En d’autres mots, la banque a aussi la responsabilité de choisir à qui elle distribue son énergie’ : aux entreprises qui feront tourner l’économie durable ou aux épicéas nuisibles à l’écosystème…

Discover More

Contact
Close

Contact

Plainte

Pourriez-vous répondre aux questions ci-dessous ? Nous pourrons vous répondre ainsi plus rapidement. Merci d'avance.

Votre entreprise / organisation est-elle cliente de BNP Paribas Fortis ?

Mon organisation est servie par un chargé de relation :

Votre message

Merci

Votre message a bien été envoyé.

Nous vous répondrons dans les plus brefs délais.

Retour à la page en cours›
Top